Les petites cases

RDF

Réflexions et questions autour du Web sémantique

Ce billet fait partie d'une série de quatre billets qui visent à proposer un bilan de plus de 12 ans de travail avec les technologies du Web sémantique, « Les technos du Web sémantique ont-elles tenu leurs promesses ? » :

Au delà des quelques initiatives décrites dans le précédent billet et qui ont réussi à émerger, la réflexion sur les technologies du Web sémantique et le Web de données a indéniablement joué un rôle dans la gestion des données des organisations en particulier patrimoniales.

Que nous a apporté la réflexion autour du Web sémantique ?

Accompagner la réflexion sur la modélisation des données patrimoniales : l’abandon de la notion de “notice”

La notice dite documentaire est l’adaptation au milieu informatique de la fiche cartonnée. Ce mimétisme de pratiques antérieures est caractéristique des phases d’appropriation d’un nouveau média : la notice informatique a reproduit toutes les caractéristiques de la fiche cartonnée tout en exploitant les avantages de l’outil informatique (recherche, ubiquité, échange …). La notice est un méta-document dont l'objectif est la description d’un document. Or, c’est précisément cette forme qui pose problème. D’un objet porteur d’information, elle est devenue peu à peu elle-même objet de modélisation, au point d’en oublier parfois l’objectif initial : l’objet/document qu’elle est censée décrire. De plus, la notice place en son centre l’objet/document alors qu’aujourd’hui, on se rend compte que la description doit s’intéresser plus globalement à tous les aspects qui entourent cet objet/document. Enfin, avec la démultiplication des données suite à la numérisation, l’augmentation de données nativement numériques et maintenant la prise en compte des données d’usages, la notice et son cadre rigide (et par extension le catalogue qui en est le réceptacle) ne suffisent plus pour répondre aux différents besoins.

Si les formats MARC datent de la fin des années 1960, il faut attendre les années 1990 pour que le milieu des bibliothèques se lance dans un travail de modélisation conceptuelle. Les FRBR, dont le nom renvoie à la notion de « notice bibliographique », se caractérisent justement par le fait qu’elles ne modélisent pas la notice mais les informations qu’elle contient sous une forme logique. De fait, ce sont les objets décrits qui sont modélisés. De plus, elles marquent la fin d’une vision unique du document en tentant d’en séparer les différentes appréhensions : de l’entité intellectuelle pensée par un (ou plusieurs) auteur (l’œuvre) à l’objet lui-même au sein d’une collection (l’item). Si les FRBR s’intéressaient essentiellement au document lui-même, le travail s’est prolongé pour ensuite se concentrer sur les données d’autorité avec le modèle FRAD. Ce travail de réflexion a abouti en 2017 à la publication du modèle LRM (Library Relationship Model) issu de la fusion des différents travaux FRBR, FRAD et FRSAD et imprégné par la réflexion sur les technologies du Web sémantique de ces dix dernières années.


Vue d’ensemble des relations dans LRM, IFLA Library Reference Model

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Au-delà des limites, que reste-t-il concrètement du Web sémantique ?

Ce billet fait partie d'une série de quatre billets qui visent à proposer un bilan de plus de 12 ans de travail avec les technologies du Web sémantique, « Les technos du Web sémantique ont-elles tenu leurs promesses ? » :

Si, à travers les différents cas d’implémentation des technologies du Web sémantique décrits dans le précédent billet, les promesses sont globalement tenues, force est de constater que les problèmes qui se posent en limitent aujourd’hui le déploiement à large échelle ou en dehors de marchés de niche clairement identifiés :

  • les systèmes de stockage des données en RDF (ou triple store) ont montré des limites du point de vue de l’intégrité des données (gestion des transactions), des performances (temps de réponse de certaines requêtes) ainsi que de la montée en charge (volumétrie). Ainsi, parmi les trois axes qui définissent traditionnellement le Big Data : vitesse, volume et variété (les « 3V »), les deux premières caractéristiques ne sont pas encore atteintes par ces technologies et si la décentralisation des données, au cœur même du modèle du Web de données, a pu constituer en partie une solution, c’est oublier la problématique de résilience du réseau et la nécessité d’agrégation des données pour les interroger.
  • la structure même du modèle RDF a fait apparaître des limites quant à la gestion de la provenance des différentes informations et la contextualisation du triplet : or, si ce point était présent dans la feuille de route du Web sémantique écrite par Tim Berners-Lee, il n’est toujours pas vraiment résolu. Des solutions sont apparues mais elles ne sont pas entièrement satisfaisantes. De ce point de vue, RDF 1.1 est un rendez-vous manqué, d’autant qu’à la même époque le modèle des “property graph” qui propose une réponse à cette limite a commencé à s’imposer… Ce modèle est aujourd’hui au coeur de toutes les technologies de bases de données graphes proposées par les gros acteurs du secteur : IBM, Microsoft, Amazon (basé a priori sur le produit Blazegraph dont la société semble avoir été rachetée par Amazon), Google, sans compter les nouveaux venus  : Huawei, Datastax, Neo4j ou OrientDB. Ainsi, le modèle de graphes se porte bien et, pour cause, il offre une souplesse inégalée dans la manipulation des données structurées et dans l’interrogation croisée de données hétérogènes. Mais, ils ont tous fait le choix d’implémenter le modèle des property graph et ils ont tous adopté le framework Apache Tinkerpop et le langage de requêtes Gremlin pour interagir avec le système de stockage, ce qui en fait un standard de fait.
  • le destin d’une technologie, indépendamment de son intérêt ou de sa qualité, tient aussi à son degré d’appropriation par les développeurs. Or, malgré sa relative ancienneté (le premier brouillon de RDF est publié en 1997 sur le site du W3C !!), il reste encore beaucoup de travail en la matière et, à la vue du nombre incessant de technologies qui apparaissent (et disparaissent), il est à craindre que les technologies du Web sémantique restent des technologies de niche maîtrisées par peu de développeurs.

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Les technologies du Web sémantique, entre théorie et pratique

Ce billet fait partie d'une série de quatre billets qui visent à proposer un bilan de plus de 12 ans de travail avec les technologies du Web sémantique, « Les technos du Web sémantique ont-elles tenu leurs promesses ? » :

Les technologies du Web sémantique : Pourquoi ? Comment ?

Lorsque Tim Berners-Lee crée le Web, son objectif est de proposer aux chercheurs du CERN un espace d’interopérabilité pour échanger non seulement des documents mais aussi des données structurées. Ainsi, le document qui décrit sa proposition intègre dès le départ l’idée d’aller au-delà d’un espace documentaire pour relier des entités du monde réel.


Schéma représentant la proposition de Tim Berners-Lee pour gérer l’information du CERN, Tim Berners-Lee

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Les technos du Web sémantique ont-elles tenu leurs promesses ?

J’ai commencé à m’intéresser aux technologies du Web sémantique en 2005 et j’ai fait ma première communication à ce sujet en 2006 lors de la conférence Digital Humanities à Paris. J’ai eu l’occasion de les tester grandeur nature dès 2007 pour un projet mené par le CCH du King’s college, mais c’est au cours du projet SPAR de la Bibliothèque nationale de France à partir de 2008 que j’ai véritablement commencé à toucher du doigt les formidables promesses de ces technologies ainsi que leurs limites, déjà… Entre 2008 et 2014, j’ai eu l’occasion de les déployer dans différents contextes pour répondre à des cas d’usage divers : exposition des données, récupération de données encodées au sein des pages Web, décloisonnement de silos internes et mise en cohérence de données, enrichissement de données et mashup… J’ai œuvré à leur diffusion, du moins j’ai essayé, à travers ce blog ou ailleurs, et effectué quantité de formations sur le sujet en direction de publics très variés. Pour résumer, j’y voyais alors le moyen de déployer un système  d’information orienté données et plus uniquement processus et d’une manière générale de renverser ce primat dans la manière d’aborder le développement d’une application informatique.

Comme je l’ai déjà expliqué, à l’issue de cette période, j’étais très dubitatif sur l’intérêt d’utiliser ces technologies. Dans la mesure où j’étais conscient de leurs apports mais aussi de leurs limites, elles étaient toujours présentes mais sans être jamais au cœur de ma réflexion à l’Ina, du moins directement. L’expérience accumulée et les bénéfices de ces technologies nourrissaient néanmoins des pans entiers de la stratégie que nous étions en train de déployer sans même que j’en sois totalement conscient.

C’est peut-être la raison pour laquelle j’ai continué de les enseigner aussi bien dans le Master « Technologies numériques appliquées à l’histoire » de l’Ecole nationale des chartes que lors de formations pour Ina Expert, parfois, il faut bien l’avouer, en traînant un peu les pieds. J’ai fait évoluer ma présentation en replaçant ces technologies et leur intérêt dans le contexte plus large du Big Data, de l’Open Data et maintenant de l’intelligence artificielle. Finalement, je ne me suis jamais résolu à les abandonner totalement, partant du principe qu’une technologie ne disparaît pas, mais trouve sa juste place par rapport aux autres. De plus, je reste convaincu qu’elles restent la meilleure technologie pour assurer l'interopérabilité des données, mais jusqu’à quel point en a-t-on vraiment؜ besoin ?

Plusieurs fois, à la lecture d’un article ou d’un tweet qui vantaient les mérites de ces technologies et du Linked Open Data ou web de données, j’ai voulu écrire pourquoi il fallait rester prudent (voire plus…), encore récemment autour de la question de leurs usages au sein des musées. Je l’ai même dit en conférence, parfois, de manière abrupte, à la hauteur des désillusions que j’avais vécues. Aujourd’hui, sans avoir réussi à s’imposer largement, ces technologies ont indubitablement fait avancer notre réflexion sur la question de l’interopérabilité et force est de constater que certaines initiatives ont réussi à sortir du lot et à valider certains usages. Après avoir laissé passer le « ravin de la désillusion » et au moment où ces technologies semblent atteindre le plateau de la productivité du « Hype cycle », c’est le bon moment de dresser un bilan.


Hype Cycle du Gartner, Jérémy Kemp, CC-BY-SA

Alors, peut-être pour la dernière fois sur ce blog, je vous propose une plongée dans les entrailles des technologies du Web sémantique pour étudier quels en sont finalement les apports et les limites et l’écart entre les promesses et la réalité. Pour rendre les choses un peu plus digeste à lire et à appréhender, j’ai séparé ce bilan en quatre billets :

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Bilan de 15 ans de réflexion sur la gestion des données numériques

Cela fait maintenant deux ans que j’ai rejoint l’Institut national de l’audiovisuel. Deux années qui m’ont permis de donner une nouvelle impulsion à ma réflexion sur la gestion des données numériques. Deux années passionnantes et qui se concrétisent depuis plus de six mois par le développement d’une infrastructure de traitement et de stockage des données, aboutissement (forcément provisoire) d’une vision de l’architecture du système d’information où la donnée occupe une place centrale, à l’inverse de l’approche traditionnelle par le processus. Deux années dont les résultats font en partie l’objet d’un article pour le prochain livre d’Emmanuelle sur l’avenir des catalogues, à paraître aux éditions du Cercle de la librairie et dont l’écriture m’a donné envie de faire revivre un peu cet espace de partage que j’ai laissé en friche ces dernières années.

Mais avant de partager ces nouveaux éléments, il me semble intéressant de dresser un bilan de ces 15 dernières années afin de tracer la ligne directrice et de brosser aussi les réussites, les échecs et les erreurs. La lecture de quelques (excellents) mémoires du master « Technologies numériques appliquées à l’histoire » de l’Ecole nationale des chartes m’ont aussi motivé à préciser (ou repréciser) certaines approximations que j’ai pu rencontrer ici ou là.

Alors, voilà, avant de passer à la suite, un bilan de 15 ans de réflexion sur la gestion des données numériques, forcément subjectif et en aucun cas exhaustif. Il se découpe en quatre phases, qui correspondent à des moments de mon parcours professionnel et, ça va de pair, avec les sujets principaux qui ont été au cœur de ma réflexion. Elles sont les suivantes :

  • l’édition électronique ;
  • la conservation sur le long terme de l’information numérique ;
  • le traitement des données structurées et semi-structurées ;
  • l’architecture de données à l’ère du Big data.

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Les technologies du Web sémantique

J'ai écrit le texte de ce billet en guise d'introduction aux technologies du Web sémantique pour le projet de publication selon les règles du Web de données du thésaurus pour l'indexation des archives locales publié par les Archives de France que j'ai mené pour Atos Origin avec le Service Interministériel des Archives de France au printemps 2010 (et sur lequel il faudra que je trouve le temps de revenir sur ce blog pour vous en dire plus...). Claire Sibille, conservateur en chef au SIAF, m'a très gentiment donné l'autorisation de republier ces textes sur mon blog. Je l'en remercie.
Il s'agit d'une introduction générale en trois parties dont ce billet est la seconde :

Le Web sémantique désigne, en premier lieu, une activité du W3C, l'organisme de normalisation du Web, visant au développement de technologies de mise à disposition des données structurées en vue de leur traitement par les machines sur le Web. Par extension, l'expression désigne à présent l'idée et l'ensemble des dispositifs et briques technologiques qui le composent. Comme nous l'avons montré dans l'historique, le mot « sémantique » ne renvoie pas à la définition communément admise en linguistique, mais fait référence à la définition donnée par le domaine de la logique de description dont le but est de faire émerger du sens à travers la structuration des données et l'expression de la logique qui les relie.

Les différentes technologies du Web sémantique forment des couches dont la compréhension est essentielle pour appréhender au mieux ses possibilités. Mais, au préalable, il est nécessaire de dresser un tableau de l'architecture du Web sur laquelle reposent l'ensemble des fondations du Web sémantique.

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Roger T. Pédauque II, le retour (1ère partie)

En guise de préambule : le collectif Roger T. Pédauque s'est reformé pour proposer au commentaire un (plusieurs ?) nouveau texte pour étudier les implications du numérique sur la vision du document/information à la lumière des innovations et avancées récentes. Ayant par le passé analysé et critiqué un des textes, j'ai été sollicité par Jean-Michel Salaün pour participer à l'annotation de ce texte collectif. Difficile tâche tant mes journées sont remplies ces derniers temps, le délaissement de ce blog en est la preuve... Néanmoins, j'aimerais partager dans les prochains billets plusieurs réflexions en vrac qui me sont venus à la lecture de ce texte. Je précise que mon objectif n'est absolument pas de polémiquer, mais d'apporter ma pierre à l'édifice avec le ton habituel que j'utilise sur ce blog.

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Un automne de rencontres autour du Web sémantique

Il y a un temps pour tout : la découverte, la réflexion et l'expérimentation sur ce blog, le partage et la dissémination auprès de nouveaux publics au cours d'événements divers et le temps de l'accomplissement de projets mettant en œuvre ces différentes idées. Ainsi, le silence de ce blog trouve ses raisons dans d'autres activités non moins essentielles qui, à leur tour, vont alimenter de nouvelles réflexions. Mais, avant de vous en faire part et en guise de conclusion à cette riche période, je voulais partager avec vous les présentations qui ont ponctué mon automne.

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XML vs RDF : logique structurelle contre logique des données

XML et RDF sont deux modèles différents d'encodage de l'information et, pourtant, ils sont souvent confondus. Le dernier exemple en date est la mise à disposition par la British Library de 14 millions de notices bibliographiques au format, je cite, « RDF/DC ». La confusion est patente de par l'absence d'URI pour identifier les ressources décrites. Or, en tant que lecteur régulier de ce blog, vous savez que l'URI est un des fondements du modèle RDF.

Il est vrai que la distinction n'est pas forcément évidente à appréhender au premier abord et la syntaxe RDF/XML n'arrange pas les choses. J'ai à plusieurs reprises sur ce blog expliqué ce qui différencie les deux modèles : le modèle de l'arbre ou de l'arborescence pour l'un et le modèle de graphes pour l'autre. Mais, ainsi dit, cela n'est peut-être pas clair. Je vous propose donc d'aborder la distinction sous l'angle de la validation des informations pour faire suite à un commentaire sur le Figoblog et la réponse de Manue.

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Structuration RDF XML Causeries OWL TEI Validation XHTML —  5 commentaires

Quel événement !? Ou comment contextualiser le triplet

L'absence de contextualisation est le principal reproche adressé à RDF par ses adversaires et il est vrai qu'au premier abord cela constitue son principal défaut. En effet, le modèle du triplet à la base de RDF ne permet pas a priori d'exprimer des informations sur le contexte d'application de l'assertion, au contraire d'autres mécanismes de modélisation des connaissances qui offrent nativement des systèmes pour préciser la portée d'une assertion, à l'image, par exemple, des Topic Maps avec l'élément "scope". Ce défaut semble renforcé par deux postulats de base de RDF : chaque assertion exprimée est vraie et chaque triplet est indépendant.

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