Les petites cases

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La donnée en elle-même n'a plus de valeur marchande et alors ?

Au cours des quatre années que j'ai passées chez Antidot (2010-2014), j'ai assisté à des changements profonds dans la manière de penser la monétisation des données. Un constat s'est peu à peu imposé : la donnée elle-même perd de sa valeur marchande et toutes les organisations dont le modèle économique repose peu ou prou sur la vente de données prennent peu à peu conscience de l'obligation d'inventer de nouveaux modes de rémunération. C'est un changement long et complexe auquel les producteurs de contenus dans leur ensemble doivent faire face et il suffit pour s'en convaincre de voir les déboires que vit la presse. Chacun est à la recherche du ou des services, la seule source actuelle de monétisation acceptée par le consommateur, qui lui permettront de survivre à ces bouleversements, mais, dans la plupart des cas, force est de constater que le chiffre d'affaires qu'ils génèrent ne compense pas la baisse des revenus constatée par ailleurs.

Attention, loin de moi l'idée de me plaindre et de regretter le temps passé, d'autant qu'il faut bien le dire : certains producteurs de contenus s'étaient constitué de véritables rentes qu'ils exploitaient pour un service limité et évoluant peu voire pas. Après tout, cela donne l'occasion de redistribuer les cartes. Pourtant, il existe un point crucial qu'il ne faut pas mettre de côté : même si la donnée n'a plus de valeur marchande en soi, sa création représente toujours un coût. Or, la tentation est grande à l'heure des économies pour un manager dont les yeux seraient uniquement rivés sur le chiffre d'effectuer une coupe drastique dans cette activité si consommatrice de ressources.

Cette décision aurait des conséquences terribles. Au niveau de l'organisation elle-même, elle marque le début de sa lente descente aux enfers, car elle constitue une rupture dans la vocation même de l'organisation. Et de manière plus générale, cela déstabilise l'ensemble de l'écosystème de services qui s'est construit autour des données produites par cette organisation. Et c'est finalement là que réside le paradoxe : alors que nous sommes dans une situation où nous avons de plus en plus besoin de données de qualité pour construire de nouveaux services, nous allons faire face à une pénurie car nous n'aurons plus les moyens de les produire.

Puisque la donnée est la richesse de l'organisation, la base sur laquelle de futurs services peuvent être construits, c'est elle qui doit faire l'objet de toutes les attentions. Ainsi, plutôt que de réduire l'activité de production elle-même, il est nécessaire d'investir pour revoir les processus de production et d'exploitation.

Comment alors réduire les coûts pour s'assurer d'une donnée de qualité et créer de nouveaux usages ?

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Petite Poucette au secours de l'Open Data

Dans mon précédent billet, j'avais qualifié l'Open Data « d'échec total » sans beaucoup plus d'explications. Il me semble important de justifier ce propos et de le dépasser, d'autant que cela a pu blesser certaines personnes qui se battent au quotidien pour mettre à disposition ces données ce qui n'était pas mon objectif. Il m'a fallu un peu de temps, car il m'a été difficile de mettre des mots précis sur ce qui relevait plus d'un sentiment ou d'une intuition.

De l'échec de l'Open Data

Si on jette un regard froid et objectif sur les retombées de l'Open Data, on peut évidemment n'être que déçu par le résultat :

  • la transparence : évidemment certaines données sont à disposition et c'est une avancée énorme, mais mes parents n'en connaissent pas l'existence et, quand bien même, ils sont incapables d'exploiter par eux-mêmes ces données, cela est réservé à une nouvelle élite de notre société : les personnes capables de manipuler un programme informatique pour transformer les données, faisons simple : les "geeks", est-ce vraiment cela la transparence que nous appelons de nos vœux ?
  • la réutilisation des données : la transparence passe par la mise au point d'applications et donc par la réutilisation des données, j'ai déjà montré dans mon précédent billet les obstacles qui se présentent aujourd'hui. Conséquences (ou pas...) : on ne peut pas dire que c'est le raz-de-marée, il y a bien des initiatives à droite à gauche, des applications pour téléphone portable, des prototypes ou quelques services qui ont profité des données mises à disposition comme en témoignent les résultats des multiples concours ou les hackatons, mais, et j'espère que cela ne vexera personne, cela reste anecdotique par rapport à tout ce qu'on est en droit d'attendre ou d'espérer ;
  • le marché économique : qui peut prétendre vivre de l'Open Data aujourd'hui ? Existe-t-il un marché ? Je ne parle pas de s'enrichir, je parle simplement de disposer d'un marché économique suffisant pour justifier les investissements publics sur le long terme et privés, déjà, sur le court et moyen terme nécessaires à la mise au point de solutions, de produits, de formations, de services adaptés et à la pérennisation de ces initiatives pour permettre la réutilisation et l'accessibilité des données indispensables pour apporter la transparence sur le long terme auprès de tous.
  • l'innovation : comme le résume Karima Rafes : « #hackaton ou la R&D du pauvre... Un bon titre pour un livre sur l écosystème français #OpenData » Rien de plus à ajouter...

Mais, ces constats m'apparaissent plus comme des symptômes d'un problème plus profond et plus complexe à qualifier. Le billet de Christian Fauré intitulé « Ce n'est pas qu'une histoire de données » offre un début de réponse. Christian y exhorte les institutions à ne pas limiter l'Open Data à la stricte mise à disposition des données et à profiter de ce mouvement pour placer leur activité dans le monde numérique, c'est-à-dire mettre l'activité de l'organisation dans l'espace de partage et de collaboration qu'est le web et ainsi profiter des avantages de ce milieu associé. Mais, cela ne me satisfaisait pas complètement, car, si Christian présente (rapidement) ce qu'il faudrait faire, cela n'explique pas le paradigme actuel et les raisons de son dysfonctionnement.

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Management de l'information Système d'information Causeries

Information numérique : défintions et enjeux

Alors que j'étais en train de préparer une nouvelle formation, je suis retombé sur différents diaporamas que j'avais constitués à l'époque où je travaillais sur la pérennisation de l'information numérique. Comme je n'en aurai plus vraiment l'utilité, je me suis dit qu'il pourrait être intéressant de les partager, plutôt que les laisser dans un recoin de mon disque dur. Last but not least, cela me permettait d'alimenter ce blog, largement en déshérence ces derniers temps...

Ce diaporama est le résultat de la fusion d'une formation que j'avais mise au point pour présenter les enjeux de la pérennisation de l'information numérique à mes collègues d'Atos Origin, lorsque je travaillais sur le projet SPAR de la BnF et d'une présentation de ces problématiques à destination de décideurs. Vous reconnaîtrez peut-être certaines diapos de Manue, en particulier la fameuse disquette.

Placé sous licence CC-BY, ce diaporama est à votre disposition. N'hésitez pas, c'est fait pour ça.

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Structuration XML Système d'information Web Causeries Conservation Numérisation —  1 commentaire

Retour sur le Web de données

J'ai écrit le texte de ce billet en guise d'introduction aux technologies du Web sémantique pour le projet de publication selon les règles du Web de données du thésaurus pour l'indexation des archives locales publié par les Archives de France que j'ai mené pour Atos Origin avec le Service Interministériel des Archives de France au printemps 2010 (et sur lequel il faudra que je trouve le temps de revenir sur ce blog pour vous en dire plus...). Claire Sibille, conservateur en chef au SIAF, m'a très gentiment donné l'autorisation de republier ces textes sur mon blog. Je l'en remercie.
Il s'agit d'une introduction générale en trois parties dont ce billet est la troisième et dernière :

Présente dans la feuille de route pour le Web sémantique écrite en 1998 par Tim Berners-Lee, l'expression « Web of data » qu'on traduit de manière littérale par « Web de données » n'a été vraiment utilisée qu'à partir de 2006 suite à la parution de la note « Linked Data » du même Tim Berners-Lee et aux différents aveux d'échecs dressés par la communauté. Cette note est d'une importance fondamentale dans le mouvement actuel puisqu'elle rappelle les buts initiaux poursuivis par le Web sémantique, à savoir établir des liens entre les données exposées et distribuées sur le Web, et elle contient les quatre principes de mise à disposition des données sur le Web grâce aux technologies du Web sémantique.

Ainsi, elle a constitué le point de départ d'une renaissance du Web sémantique avec le projet du W3C « Linking Open Data » visant à placer sur le Web des données structurées en RDF et à offrir des cas d'utilisation réels et simples des technologies du Web sémantique. En novembre 2009, le Web de données était constitué de 13,1 milliards de triplets répartis au sein de différents ensembles de données couvrant les domaines aussi diverses que les données multimédia, les données du Web social, les données géographiques et statistiques, les données bibliographiques...

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Causeries Linked Data — 

Petite histoire du Web sémantique

J'ai écrit le texte de ce billet en guise d'introduction aux technologies du Web sémantique pour le projet de publication selon les règles du Web de données du thésaurus pour l'indexation des archives locales publié par les Archives de France que j'ai mené pour Atos Origin avec le Service Interministériel des Archives de France au printemps 2010 (et sur lequel il faudra que je trouve le temps de revenir sur ce blog pour vous en dire plus...). Claire Sibille, conservateur en chef au SIAF, m'a très gentiment donné l'autorisation de republier ces textes sur mon blog. Je l'en remercie.
Il s'agit d'une introduction générale en trois parties dont ce billet est la première :

Si le Web sémantique commence à être médiatisé aujourd'hui, ses fondements sont plus anciens, ils remontent aux origines même du Web et ont connu plusieurs évolutions dont l'histoire permet de mieux appréhender les enjeux.

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Web sémantique Web Causeries Histoire — 

Tablette ou liseuse, telle est la question

Alors que mon Sony Reader PRS-505 me lâche peu à peu et que je fais l'expérience d'une tablette (en l'occurrence, un Ipad 2, machine dont je dois reconnaître, même en tant qu'anti-apple, la très bonne qualité), je me suis posé la question : tablette ou liseuse pour le remplacer ? Quand on voit l'explosion du marché des liseuses et du livre numérique aux Etats-Unis tiré par le Kindle d'Amazon et le Nook de Barnes et Noble, j'en suis venu à me demander si c'était vraiment la bonne question... Pour résoudre ce dilemme, je me suis donc livré à un petit comparatif très personnel dont je vous livre ici le résultat au cas où d'autres se poseraient la même question.

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Causeries Édition électronique —  7 commentaires

Roger T. Pédauque II, le retour (1ère partie)

En guise de préambule : le collectif Roger T. Pédauque s'est reformé pour proposer au commentaire un (plusieurs ?) nouveau texte pour étudier les implications du numérique sur la vision du document/information à la lumière des innovations et avancées récentes. Ayant par le passé analysé et critiqué un des textes, j'ai été sollicité par Jean-Michel Salaün pour participer à l'annotation de ce texte collectif. Difficile tâche tant mes journées sont remplies ces derniers temps, le délaissement de ce blog en est la preuve... Néanmoins, j'aimerais partager dans les prochains billets plusieurs réflexions en vrac qui me sont venus à la lecture de ce texte. Je précise que mon objectif n'est absolument pas de polémiquer, mais d'apporter ma pierre à l'édifice avec le ton habituel que j'utilise sur ce blog.

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Management de l'information RDF Web sémantique Causeries Digital humanities Linked Data —  6 commentaires

Un automne de rencontres autour du Web sémantique

Il y a un temps pour tout : la découverte, la réflexion et l'expérimentation sur ce blog, le partage et la dissémination auprès de nouveaux publics au cours d'événements divers et le temps de l'accomplissement de projets mettant en œuvre ces différentes idées. Ainsi, le silence de ce blog trouve ses raisons dans d'autres activités non moins essentielles qui, à leur tour, vont alimenter de nouvelles réflexions. Mais, avant de vous en faire part et en guise de conclusion à cette riche période, je voulais partager avec vous les présentations qui ont ponctué mon automne.

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Management de l'information RDF Web sémantique Sparql Causeries Digital humanities Moteur de recherche RDFa Wikipedia Linked Data —  2 commentaires

XML vs RDF : logique structurelle contre logique des données

XML et RDF sont deux modèles différents d'encodage de l'information et, pourtant, ils sont souvent confondus. Le dernier exemple en date est la mise à disposition par la British Library de 14 millions de notices bibliographiques au format, je cite, « RDF/DC ». La confusion est patente de par l'absence d'URI pour identifier les ressources décrites. Or, en tant que lecteur régulier de ce blog, vous savez que l'URI est un des fondements du modèle RDF.

Il est vrai que la distinction n'est pas forcément évidente à appréhender au premier abord et la syntaxe RDF/XML n'arrange pas les choses. J'ai à plusieurs reprises sur ce blog expliqué ce qui différencie les deux modèles : le modèle de l'arbre ou de l'arborescence pour l'un et le modèle de graphes pour l'autre. Mais, ainsi dit, cela n'est peut-être pas clair. Je vous propose donc d'aborder la distinction sous l'angle de la validation des informations pour faire suite à un commentaire sur le Figoblog et la réponse de Manue.

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Structuration RDF XML Causeries OWL TEI Validation XHTML —  5 commentaires

Une nouvelle aventure sous le signe du Web sémantique

Comme je l'ai annoncé sur Twitter, j'ai quitté Atos Origin fin juin. Après deux années marquées par la réalisation de beaux projets au sein de cette société et trois ans en SSII qui m'ont permis d'apprendre un métier et les processus qui lui sont attachés, le moment m'a paru opportun pour changer de perspectives et éviter la prochaine réorganisation... Il est donc temps de lever le voile vers ma nouvelle destination : je rejoins la société Antidot, éditeur du moteur de recherche AFS depuis 10 ans. Vous allez me dire « Un moteur ! Quelle drôle d'idée ? ».

Pas tant que cela, en fait, quand on connaît le positionnement de ce moteur et son évolution depuis quelques années, cette nouvelle collaboration est même une suite logique. Nos routes se sont croisées à plusieurs reprises, nous partageons une vision commune du traitement, de l'accès et de la recherche d'information dans laquelle se conjuguent respect des standards, Web et souci constant de la qualité des données. Mais, c'est évidemment autour de l'utilisation des technologies du Web sémantique que nos routes se sont rejointes, Antidot a fait ce pari depuis plusieurs années, à commencer par SKOS qu'ils ont été les premiers à implémenter en tant que format pour l'utilisation des référentiels au sein du moteur jusqu'à devenir aujourd'hui un des enjeux principaux de la société et se concrétiser par la réalisation de plusieurs projets.

C'est donc en tant que consultant spécialisé dans les technologies du Web sémantique que j'intègre la société. A cette occasion, nous ouvrirons une agence à Paris, la société étant jusqu'à maintenant installée à Lyon, Lambesc et la cellule R&D en région parisienne. C'est une décision importante dans l'optique du développement de la société. Mon rôle sera d'aider à poursuivre l'intégration des technologies du Web sémantique au sein d'AFS et d'accompagner les clients d'Antidot dans leurs utilisations et leurs déploiements, mais cela ne s'arrêtera pas là. En effet, Antidot souhaite participer au développement du Web de données et des technologies du Web sémantique en France et, à ce titre, j'étendrai mon activité d'évangélisation menée sur ce blog à mon environnement professionnel avec plus de temps et plus de perspectives. Dans le même ordre d'idée, il me sera possible de mener des missions de conseil et d'assistance qui ne font pas intervenir le produit. Joli programme en vue !

Cette nouvelle aventure n'aura pas été possible sans Christian Fauré (oui, je sais, c'est toujours lui que je remercie mais que voulez-vous, comme il le dit lui-même, certains managers laissent plus de traces que d'autres) qui m'a fait découvrir et rencontrer Antidot. Je ne sais pas si j'ai compris pourquoi il disait que je pouvais apporter quelque chose aux éditeurs de moteur de recherche, mais j'ai une occasion en or de trouver les réponses. Il me faut aussi remercier Fabrice Lacroix, PDG d'Antidot, pour la confiance dont il m'honore et le défi qu'il me propose et, bien-sûr, Manue pour sa patience au cours de ces derniers mois qui n'ont pas été simples.

Dernière chose : la ligne éditoriale de ce blog ne bougera pas d'un iota : veille et réflexion. Je n'ai jamais parlé d'une société plus qu'une autre, de même pour un produit et ça ne va pas commencer aujourd'hui. Antidot possède déjà un blog et j'aurai certainement l'occasion d'y mettre mon grain de sel, tout en continuant à faire vivre cet espace personnel.

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